Association pour la Légèreté en Equitation

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Une journée de rencontres sur le thème de l'équitation de tradition française a été organisée le 11 Novembre dernier par Mr Bernard Mathié au centre équestre du Vergon à Mallemort en Provence . ALLEGE IDEAL est heureux de vous en donner le compte rendu, établi par l'organisateur . Les compétences présentes et les passions partagées ont donné le niveau de qualité des échanges de cette journée !

Ce document est très appréciable, à la fois par sa qualité d'écriture que par les thèmes abordés et les illustrations . A noter la phrase : "Oui à l'objectif sportif, non à l'objectif compétitivité" ...... La citation de L'Hotte est aussi extrêmement intéressante à rappeler, même si la notion de cheval en arrière de la main en reste un point discutable . Mais la synthèse qui est faite de la partie théorique est d'un équilibre remarquable ...

B. Maurel


Ils furent, en définitive, 38, dont 26 cavalières et 12 cavaliers à prendre le chemin de Mallemort-de-Provence pour participer à la journée de Rencontre de l’ETF organisée le samedi, 11 novembre, au Centre d’équitation du Vergon.

I. Les développements théoriques du matin

La journée débuta par la présentation vidéoprojetée d’un exposé de M. Patrice Franchet d’Espèrey sur la théorie de l’équitation de tradition française. On se souvient de la contribution essentielle de cet ancien écuyer du Cadre Noir de Saumur à l’obtention du classement, par l’UNESCO, de la tradition équestre française au rang des patrimoines culturels immatériels de l’Humanité en 2011.

Successeur désigné de René Bacharach, M. Franchet d’Espèrey est connu surtout pour son positionnement comme l’héritier de la seconde manière de la tradition bauchériste, transmise à travers le général François Faverot de Kerbrech et le capitaine Etienne Beudant. L’intérêt de son exposé est dès lors double : c’est en connaissance de cause qu’il inscrit son équitation dans la tradition en nous expliquant comment, depuis la Renaissance napolitaine du 16ème siècle, les grands maîtres de l’art équestre ont toujours poursuivi un objectif central d’adoucissement des aides proposées au cheval dans les emplois les plus divers de celui-ci. Et c’est, d’autre part, fort de l’expérience accumulée dans l’inspiration des enseignements magistraux, qu’il défend aujourd’hui une évolution notoire dans l’emploi raisonnée du cheval : « dans une approche douce et respectueuse du cheval, il est possible et souhaitable d’améliorer la conduite du cheval monté en suivant, accompagnant et amplifiant les mouvements naturels du balancier de l’encolure dans le but d’obtenir une libération du nœud nucal qui constitue le lieu de commande central de la physiologie locomotrice équine ».

La prestation de M. Franchet d’Espèrey était remarquablement soulignée par l’interactivité de ses auditeurs : de nombreuses interventions ont marqué les échanges, parmi lesquelles celles de MM. Joël Laugier, Jacques Thomas, Joël de Place, Claude Guilbaud et Augustin Aubé qui, tous, en des termes différents, mais dans une même intention convergente, insistèrent sur la nécessité de préparer les chevaux et de les engager sur la voie de la légèreté avant même de les employer sous la selle.

Si l’on tente de résumer la théorie de l’équitation prônée par M. Franchet d’Espèrey, on en vient à considérer qu’à partir de sa principale hypothèse de travail énoncée ci-dessus, deux préalables en favorisent la mise en œuvre : le renoncement au principe d’action-réaction et la neutralité de la bouche au bénéfice de la flexibilité nucale. Si l’on se place dans la logique reptilienne de la locomotion équine, corrigée par la capacité de traction des épaules et la capacité de propulsion des hanches, le facteur déterminant de la direction semble être la tête. Même si la disposition des hanches n’est pas anodine, elle n’apparaît au final que comme un effet de la flexibilité et de la souplesse de la nuque. Cela permet d’affirmer que le maniement en douceur du cheval passe donc prioritairement par la conquête du verrou nucal.

De cette conclusion découle l’impertinence de toute action de main coercitive qui pourrait se voir assimilée par le cheval à la présence d’un enrênement. Cette conclusion est renforcée par l’observation du cheval en liberté : toute restriction des mouvements ondulatoires de la nuque perturbe et modifie ceux de la tête et de l’encolure, par suite, ceux de l’ensemble de l’appareil locomoteur. – C’est donc bien en accompagnant et en amplifiant les mouvements du balancier de l’encolure qu’il est possible de conduire le cheval vers la posture naturelle qu’il prend de lui-même lorsqu’il est en liberté.

Les trois tables rondes programmées ont été jointes en une seule, réunissant les thèmes de l’emploi du cheval en équitation d’extérieur et de loisir, en équitation sportive et de compétition, en équitation savante et artistique.

MM. Stéphane Bigo et François-Xavier Bigo (sans lien de famille, en dépit de l’homonymie) s’employèrent à décrire une équitation de randonnée respectueuse des grands principes de l’emploi classique du cheval. Tous deux mirent l’accent sur la liberté de l’encolure qui doit cependant être laissée au cheval d’extérieur qui ne doit subir que les moindres entraves possibles à sa locomotion. L’accent a été mis également sur la surveillance de l’intégrité des pieds du cheval et la très bonne qualité requise de la selle. Bref, la randonnée n’est pas une improvisation, mais doit être préparée avec un grand soin par un couple cavalier/cheval entraîné en fonction des objectifs de distance et des difficultés du terrain.

Le thème de l’équitation sportive fit l’unanimité sur le rejet de la compétition équestre telle qu’elle est pratiquée sous l’égide officielle comme moyen de faire valoir le cheval. En ce qu’elle peut comporter de surexploitation physique, la compétition apparaît à l’ensemble des participants comme un emploi contestable d’un animal systématiquement poussé à la victoire pour la seule satisfaction de l’ego du cavalier. Toutefois, l’émission de cette opinion ne préjuge en rien de l’utilisation sportive du cheval pour l’épanouissement physique et mental de celui-ci. Bref, oui à l’emploi sportif, comme le souligna M. Patrick Lorant, venu de Belgique pour assister à nos Rencontres ; non à l’emploi compétitif, sauf lorsque la recherche de la légèreté prime sur le résultat des prestations : c’est la position somme toute modérée qui put réunir l’adhésion de la majorité des participants.

La discussion fusa véritablement, et passion ou émotion s’en mêlèrent, lorsque le thème de l’équitation savante et artistique fut abordé. L’intérêt pour une équitation raisonnée était évidente dans la salle, manifestement moins habituée aux développements sur des emplois plus instinctifs, voire sportifs du cheval. Toutefois aucune forme d’équitation habituellement pratiquée n’est à rejeter pour peu qu’elle prenne en compte les impératifs comportementaux de respect du cheval et de douceur dans son emploi. La référence à René Bacharach et à sa fameuse formule : « Fi des guerres de religion équestre, il faut retrouver le bien commun des équitations qui veulent le bien-être du cheval » doit nous servir de repère pour la mise en œuvre d’une équitation nouvelle, renonçant définitivement à tous les effets de force et à toute coercition dans l’emploi du cheval.

L’ancien officier de cavalerie Bernard Mathié entreprit de démontrer que les exigences que comportaient les diverses équitations de guerre ne sont plus de mise dès lors que le cheval de guerre a disparu du paysage. Tout particulièrement les effets coercitifs imposés par une troupe à cheval souvent fort mal instruite sur des chevaux d’arme de qualité médiocre n’avaient plus leur place parmi les moyens de conduire un cheval apaisé et serein par renoncement à toute contrainte inutile. Car, à présent que, sans le moindre doute, la guerre à cheval est exclue de toutes les hypothèses stratégiques ou tactiques des armées du monde occidental, faut-il user et mésuser du cheval comme du temps où il était formé, éduqué, employé comme un outil de guerre, c’est-à-dire où son bien-être passait après toutes les considérations du service auquel il était astreint 

Le général Alexis L’Hotte, qui passe pour l’inspirateur principal des derniers développements de la théorie militaire de l’équitation française, avait tranché cette question équestre sans qu’on l’écoutât véritablement :

« D’Aure demande simplement qu’à la pression des jambes, le cheval se porte franchement en avant et plus ou moins sur la main, suivant l’emploi auquel on le destine. C’est parfait pour obtenir la franchise, l’extension des allures, mais la possession des forces du cheval échappe en partie au cavalier, qui ne saurait en disposer parfaitement à son gré. Baucher, lui, exige que cette possession soit complète. Pour cela, il veut que le cheval se place en arrière de la main, tout en se grandissant, en même temps qu’il coule en avant des jambes. Alors seulement, il se trouve complètement entre les jambes et la main, et le cavalier, devenant ainsi souverain maître des forces de l’animal, car aucune force ne lui échappe, a le pouvoir de jouer avec elles et d’aborder toutes les difficultés que l’équitation savante peut envisager. Mais, pour obtenir du cheval cette position mère, il faut au cavalier de l’habileté, sans quoi il peut altérer l’impulsion, rendre le cheval incertain, le faire passer en arrière des jambes et porter ainsi atteinte à la manifestation la plus essentielle de son obéissance, à la base fondamentale de son emploi : le mouvement en avant ».

Et le général L’Hotte de conclure : « si le cavalier est assez habile pour éviter cet écueil et atteindre le but qu’ambitionne l’équitation Baucher, c’est avec la plus grande facilité que, sur le même cheval, il satisfera à toutes les exigences de l’équitation d’Aure, tandis que la réciproque ne saurait exister ».

Qu’est-ce à dire ?

Tout simplement ceci : tout cavalier correctement instruit est en mesure de conduire et d’employer un cheval en toutes circonstances, mais tout cavalier formé selon une méthode tronquée et imparfaite est parfaitement incapable d’employer un cheval selon des préceptes corrects, c’est-à-dire d’accéder à la pleine possession des forces de sa monture.

La seconde manière de la méthode Baucher, digérée par Faverot de Kerbrech, magistralement illustrée par Beudant et, en définitive, repolie et « esthétisée » par Bacharach se trouve de la sorte, être l’aboutissement de toute cette longue tendance, initiée au 16ème siècle, et aujourd’hui soulignée par M. Franchet d’Espèrey, d’un adoucissement progressif des moyens et des procédés d’emploi d’un cheval dont on a enfin, à travers les progrès de la psychologie comportementale, su reconnaitre les facultés cognitives à leur juste niveau.

Il n’y a plus d’équitation de guerre. Il n’y a plus aucune excuse circonstancielle à quelque comportement coercitif que ce soit. Il nous appartient donc de découvrir cette relation nouvelle que dicte aujourd’hui la connaissance de la vraie nature du cheval. C’est tout le sens d’une véritable politique de sauvegarde de l’inscription de l’équitation de tradition française sur la liste des patrimoines culturels immatériels de l’Unesco.

II. Les applications pratiques de l’après-midi

PatriceC’est M. Patrice Franchet d’Espèrey qui ouvrit les présentations pratiques en nous montrant une manière de préparer le cheval à l’apaisement avant son travail : il s’agit de lui appliquer, à pied, des demandes de flexion directe et/ou latérale le conduisant progressivement à une libération totale de son système musculaire et à l’indispensable déblocage préalable du nœud nucal : c’est en effet la nouure de la nuque du cheval qui empêche la libre disponibilité de son encolure et, par suite, de sa tête. Or c’est bien la tête qui constitue le facteur déterminant de la direction chez le cheval monté. Ainsi qu’il a été souligné dans la matinée, toute restriction des mouvements de la nuque perturberait ceux de la tête et, par suite, ceux de l’ensemble de l’appareil locomoteur. D’où la priorité de l’action d’accompagnement et d’amplification du balancier de l’encolure.

 

Nathalie MoulinasJonathan LogierCe fut ensuite au tour de Nathalie Moulinas de nous présenter son cheval Itaxato. Elle le fit avec grâce et élégance, pour notre plus grand plaisir. Le cheval jouit d’un bon niveau de dressage acquis sous le contrôle de M. Joël Laugier, dont le fils, Jonathan, présentera également le même cheval.

C’est ensuite M. Joël de Place qui monta le hongre Nans pour nous présenter une méthode personnelle de conduite non coercitive desJoel de Place chevaux, essentiellement pilotés à l’assiette dans la descente des jambes et des mains : pour illustrer son propos, l’instructeur octogénaire s’adosse aux principes et préceptes de base qui commandent naturellement à l’emploi juste du cheval : calme soumission à des aides douces, rigoureuses et précises, dissociées, le moins possible invasives, et recherche de rectitude sont les moyens les plus directs pour conduire le cheval sur le rectangle, d’une ou de deux pistes, vers l’équilibre et la légèreté.

Après quoi, ce fut le tour des élèves du Centre d’Équitation de Mallemort de présenter leurs chevaux. Elles furent 4 cavalières à monter 4 chevaux d’instruction de race Criollo. Les trois premières ― Maguelone Michaud-Odin montant Navajo, Samia Barbier montant Maximo et Camille Fernandez montant Orégano ― avaient reçu pour mission de démontrer leur maîtrise des allures en défilant en groupe soudé, aligné et cohérent aux trois allures en terrain varié. La quatrième cavalière ― Ketty Vézilier montant Mambo ― avait reçu pour consigne de montrer comment son cheval tombait de lui-même dans la main sans la moindre sollicitation de la part de sa cavalière.

cavalieres Ketty Vezilier

Joel LogierC’est à M. Joël Laugier qu’il écherra de clôturer nos démonstrations pratiques, en selle de son cheval Jalqueroso. Il le fit avec tout le talent et le savoir-faire qui le caractérise, nous présentant successivement une séquence de pas d’école suivie d’un brillant appuyer, puis une séquence de rassembler parfait jusqu’au piaffer, puis, toujours au piaffer, vint une pirouette suivie de la même, renversée et répétée sur trois jambes aux deux mains, l’antérieur au sol tournant sur lui-même dans un plan vertical sans faille : du grand art exécuté avec brio et avec une rare assurance.

Ainsi s’acheva cette journée de grande convivialité, où chaque participant aura pu s’exprimer selon son expérience propre et librement parler de sa pratique équestre personnelle.
L’un des souhaits unanimement émis est que de telles rencontres soient organisées plus souvent et que la programmation voie désormais les démonstrations pratiques précéder la part théorique et les échanges verbaux.

Bernard Mathié,
pour le Centre d’Équitation de Mallemort
organisateur.
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