Association pour la Légèreté en Equitation

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Micher HenriquetHommage rendu par Christian Carde à Michel Henriquet en ouverture des dernières Rencontres de l'équitation de tradition française à Saumur le 15 Octobre 2015.

Michel Henriquet nous a quittés le 8 décembre dernier au soir d'une existence bien remplie caractérisée, entre autres, par un parcours exceptionnel dans le monde de l'équitation.

Je salue amicalement son épouse Catherine, présente parmi nous ce matin.

Dans le temps qui m'est imparti je ne pourrai pas m'étendre sur toutes les si nombreuses et si riches activités qu'il a déployées, sur les nombreux contacts qu'il a liés, sur sa philosophie de l'équitation.
Je me contenterai d'en extraire ce qui peut avoir une résonnance particulière, un intérêt plus marqué en ce jour, en ce lieu, où pour la seconde fois nous nous penchons sur cette Equitation Française à mettre en valeur, à promouvoir.
Sans doute allez-vous voir se dessiner dans les mots qui suivent le portrait d'un écuyer idéal.

Car Michel était un écuyer érudit, un l'historien, un écrivain, un pédagogue, un chercheur.
Commençons par cela :
Sans doute animé par un esprit curieux Michel, je crois, à cherché toute sa vie.
Dès le début, le cavalier, ébloui par le brio de l'Ecole de Versailles, a cherché à en retrouver la trace vivante dans notre époque. Après une expérience bauchériste qui l'a laissé sur sa faim, expérience conduite sous la direction de René Bacharach, auquel il a voué néanmoins une grande admiration, et désirant toujours " lever les incertitudes d'une passion qui le dévorait " Michel a trouvé en 1959 celui qui allait lui donner les réponses qu'il attendait et transformer sa vie équestre et son existence, le Portugais Nuno Oliveira.
Il est alors séduit par l'équitation de ce maître chez qui il a trouvé " l' utilisation de moyens compatibles avec la philosophie de l'école de Versailles et les apports positifs d'un bauchérisme assagi ".
C'est lui qui va convaincre Oliveira de venir enseigner en France puis en Europe, et dans le monde entier, Oliveira étant décédé en Australie comme on le sait.

L'épopée de Versailles ne l'avait pas quitté pour autant et pendant douze ans de sa vie, à ses frais, il a monté un projet qui ambitionnait de faire revivre la grande écurie du château de Versailles en l'animant par une académie qui en aurait ressuscité les principes équestres. Le monde politique en a décidé autrement et c'est l'école de spectacle équestre de Bartabas qui lui a été préférée.

L'érudit reconnaissait avoir lu tout ce qui avait été écrit en matière d'équitation, performance tout à fait exceptionnelle.

L'écrivain a écrit 10 livres. Dans un style simple, sans recherche du moindre effet, il sait rester authentique et précis. Le lire c'est, concernant son équitation, suivre une piste claire, solide.

Je vous conseillerais particulièrement "Trente ans de notes et de correspondance avec Maître Nuno Oliveira" car vous y trouverez l'essentiel de ses convictions partagées.
Dans " l'Œuvre des Ecuyers français " l'historien qu'il était nous invite à un voyage passionnant du XVIème siècle au XXème dans lequel il met en perspective les théories , compare, regrette, applaudit.

L'écuyer épatait très tôt par son talent, et dans les années 60 déjà, il se faisait remarquer dans les galas en montrant son cheval Florido aux changements de pied à chaque temps sur un cercle de 11 mètres. Il a dressé plus de cent chevaux.

Témoin de l'évolution de la compétition de Dressage et mis en contact avec ceux qui réussissaient le mieux comme entraîneurs au delà du Rhin , il se trouvait en accord avec leurs discours mais il était, par contre, surpris et choqué par l'étonnant décalage qui il y avait entre leurs paroles et leurs actes,
Lesquels étaient moins convaincants, frisant parfois la brutalité.
Mais n'est-ce pas là le problème qui se pose aujourd'hui au Dressage en particulier, aux Ecoles en général ? Le jugement suit-il la règle du jeu qui est le règlement FEI ou bien la mode qui s'en écarte sensiblement, mettant dans la difficulté ceux qui suivraient la règle et pouvant donner de l'équitation juste une image brouillée ou fausse?
Nos écuyers sont directement concernés par cette incertitude, et la question mériterait sans doute d'être étudiée dans le cadre de ces "journées".

L'enseignant, aux si nombreux élèves, ne pouvait être mieux récompensé qu'en aidant son épouse à devenir cavalière olympique et championne de France de Dressage.

L'homme, enfin, était direct, sincère, il défendait ses convictions avec vigueur, passion, et montrait alors une ferveur qui le rendait attachant. Et quand il débattait il faisait preuve de hauteur, jamais de mesquinerie. Il était ouvert à tout et à tous, au monde du cirque, du spectacle, des académies, et jusqu'à Pat Parelli le cow boy. Il était reconnu et apprécié de tous et tous avaient accès à la tribune toujours ouverte de son manège.
Dans ses conversations, son enseignement, cet homme exceptionnel, cet homme passionné était passionnant. En fait, il faisait rêver.

Les aléas de la mondialisation conduisent à un besoin d'identité. L'Ifce, le Cadre noir n'y échapperont pas. Dans ce registre l'exemple que nous laisse MH, un regard sur son parcours, son ouverture d'esprit, sa culture, l'intérêt porté à son enseignement pourraient s'avérer fort utile.
Quoi qu'il en sera Michel Henriquet est d'ores et déjà entré dans la légende des Maîtres Ecuyers de l'Ecole Française.

          Christian Carde, 15 Octobre 2015